Mercredi 12 août, nous serons des millions, les yeux levés vers le ciel, à espérer pouvoir contempler un phénomène naturel : la Lune et le Soleil seront parfaitement alignés avec la Terre. Les Françaises et les Français font preuve d’un grand engouement pour cet événement, qui nous rapproche de notre condition terrestre, et nous laissera sans aucun doute songeurs sur la destinée que nous offrons à notre planète et sur la manière dont nous explorons, exploitons, voire saturons l’espace.
Coïncidence cosmique : bien que le diamètre du Soleil soit 400 fois plus grand que celui de la Lune, il est aussi 400 fois plus éloigné de nous. Résultat, leurs tailles apparentes depuis la Terre sont quasi identiques. Ainsi demain, depuis l’Espagne et la France, nous pourrons observer une éclipse solaire partielle ou totale, juste avant le coucher du Soleil.
Il y a ceux qui traquent les éclipses à travers le monde, prêts à tout pour vivre ces instants uniques. Et puis il y a les autres, ceux qui, habituellement, ne s’intéressent pas particulierement ni au ciel, ni aux planètes, ni aux mystères de l’univers… mais qui, là, auront les yeux rivés vers l’ouest. Certains parcourront des centaines de kilomètres pour en saisir la totalité, entraînant dans leur sillage amis et proches, gravissant montagnes et collines pour tourner le regard vers le soleil couchant. De nombreuses municipalités, comme celle de Pau dont je suis adjointe, organisent des moments d’éducation populaire sur les éclipses et l’univers. Partout en France, cet élan populaire autour de l’éclipse se vit comme un temps de respiration au milieu d’un été de toutes les catastrophes. Nombreuses sont celles et ceux qui enrageront de la pénurie de lunettes spéciales éclipse et de s’y être pris trop tard. Elles et ils se rabatteront sur les tuto qu’on trouve sur internet pour observer quand même le halo de lumière de l’éclipse et son ombre sur une feuille de papier sans se brûler les yeux. Pour toutes et tous, à l’heure dite, pendant quelques minutes, le temps semblera suspendu : la lumière faiblira, la température chutera, les animaux s’agiteront ou se tairont, comme si la nuit tombait en plein jour.
Dans cette parenthèse cosmique, sans aucun doute, ces astronomes d’un soir se sentiront infiniment petits, infiniment fragiles, infiniment humains. Ils s’émerveilleront devant la beauté cosmique.
Cette éclipse nous rappellera peut-être aussi que l’espace, autrefois vide et silencieux, devient peu à peu un territoire conquis, en saturation, lui aussi désormais dévolu à des aventures commerciales.
Une question se posera alors : doit-on accepter de tout perdre, de tout salir, de tout gâcher ? Doit-on accepter, dans cette période critique pour l’humanité, qu’on éteigne les étoiles plutôt que, d’enfin, les rallumer ?
Cécile Faure, adjointe au maire de Pau, membre du conseil exécutif de Génération Écologie