Il y a 90 ans, la France découvrait les congés payés

À l'occasion du 90e anniversaire des premiers congés payés, Génération Écologie célèbre une avancée sociale et écologique synonyme d'épanouissement, de relation à la nature et aux autres, de temps libéré pour avoir tout simplement le temps de vivre.

© Robert Doisneau, Les premiers congés payés, au bord de l'eau, 1936

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Le 20 juin 1936, une loi de deux articles accordait quinze jours de congés payés à tous les salariés. Deux semaines. Même si l’Italie, la Suède, l’Autriche ou la Finlande avaient déjà adopté les congés payés dans les années vingt, la réforme des congés payés est une révolution en France.

On a oublié à quel point l’idée a effrayé. Pas tant au Parlement où la loi fut votée à la quasi-unanimité, droite comprise, sous la pression de deux millions de grévistes, mais dans une partie du patronat relayée par la presse, qui dénonçait une mesure “ruineuse” pour la compétitivité, s’inquiétait de l’oisiveté ouvrière, et craignait que la Côte d’Azur fût “gâchée”.

L’histoire a tranché : ces deux semaines, conquête du Front Populaire, ont ouvert la voie. Troisième semaine en 1956, quatrième en 1969, cinquième en 1982 : chaque avancée a démenti les prophètes du déclin. Les congés payés ont fait naître le tourisme populaire, les colonies de vacances, les loisirs de plein air et de pleine nature, les campings et les villages vacances. Si la France est aujourd’hui encore la première destination touristique au monde, c’est aussi parce qu’elle sait accueillir, héberger, nourrir, émerveiller les vacanciers du monde entier avec ses paysages, ses monuments, ses plages, ses forêts, ses montagnes, ses rivières, son art de vivre, sa cuisine, ses festivals qui attirent tant ils sont divers et créatifs.

La beauté de notre pays doit redevenir une source de fierté, elle doit nous redonner l’élan de transformer encore notre société. Nous voudrions une société où ce temps n’est pas envahi par les écrans et la surconsommation. En congé, on joue, on apprend, on bouquine, en famille, entre amis, et on s’accomplit. On profite librement de son temps pour marcher, bouger, ne rien faire et rêver. Mais pas seulement !

En redonnant du temps de vivre à toutes et tous, nous créons des moments pour le collectif, l’engagement, l’éducation populaire, les projets des associations et de leurs bénévoles. Ces dernières années, des entreprises audacieuses ont mis en place la réduction du temps de travail en faveur d’une implication dans la vie de la cité. Et ça fonctionne ! Comme l’explosion du télétravail a rendu possible de s’impliquer dans le club de danse des enfants, de refaire du sport ou tout simplement de passer plus de temps en famille, les employeurs peuvent réduire le temps passé dans les transports, adapter les rythmes des équipes, soulager et réduire le stress et la pression. Autrement dit en repensant les organisations, des millions de salariés pourraient retrouver l’équilibre et le goût du partage. Dans un pays où, d’après le dernier baromètre  Empreinte Humaine/Ipsos BVA, environ 45 % des salariés du secteur privé étaient en détresse psychologique fin 2025, il est plus qu’urgent et nécessaire de penser le temps autrement. L’arrivée massive de l’IA dans les entreprises est d’ailleurs une formidable occasion de remettre tout ça à plat.

1936 est un héritage social qui doit continuer de nous guider. 1936 est aussi un héritage culturel qui s’inscrit dans la grande histoire de notre pays, la France, “que la nature a faite belle et l’histoire a faite grande” comme l’écrivait Ernest Lavisse à la fin du 19e siècle. Alors pour conserver ce qui fait le charme de notre pays, posons-nous, réfléchissons, pour faire en sorte que toutes et tous retrouvent encore un peu plus… le temps de vivre.

Claire Dagnogo