Regrettant que ces entretiens se déroulent sous forme de “speed dating”, d’interventions successives des candidates et candidats à la présidentielle, au lieu d’un véritable débat, Delphine Batho a plaidé pour la décroissance de la consommation d’énergie et de matières premières, seule stratégie réaliste face à l’urgence climatique et à même de protéger notre sécurité dans un contexte d’instabilité géopolitique.
Le replay de l’intervention :
“Je ne peux m’empêcher de penser que la situation de ces derniers jours, de ces dernières années, illustre tristement l’importance du débat politique que j’ai voulu soulever il y a plus de dix ans sur les conséquences de l’austérité budgétaire appliquée à l’écologie et à l’énergie. Il s’agissait d’un débat politique crucial sur la question de savoir si, oui ou non, on engage la transformation écologique et de la politique énergétique de la France, et qui m’a valu d’être démissionnée de force.”
“Aucun des événements que nous avons vécu depuis, en termes de flambée des prix des énergies fossiles, avec un impact lourd aussi bien sur le plan social que pour la balance commerciale, mais aussi la situation d’arrêt simultané de plusieurs réacteurs nucléaires, ou la vulnérabilité face aux canicules telles que nous subissons actuellement, rien de tout cela n’était imprévisible.”
“Nous sommes désormais entrés dans le dur. Nous sommes désormais au pied du mur parce que depuis plus de 10 ans, on vit la continuité de ce moment politique alors qu’il y avait la possibilité d’enclencher un changement de modèle et on comprend en quoi c’est désormais une question de survie pour nos sociétés.”
“La France importe trois fois plus d’énergie qu’elle n’en produit. L’enjeu n’est pas seulement de substituer une énergie à une autre ou d’électrifier les usages. Je m’inscris en faux contre une approche qui n’interrogerait pas les besoins et qui concentre le débat sur les modes de production et d’utilisation. Quelles sont les consommations d’énergie vitales et indispensables pour notre vie quotidienne et pour notre économie ? Est-ce bien raisonnable de tapisser nos villes d’écrans publicitaires lumineux, de nous équiper de sèche-linge, de se lancer sans débat dans la multiplication des data centers, ou encore dans la 6G après la 5G ? Autant de choix collectifs qui doivent être débattus.”
“J’estime qu’il faut prendre au sérieux la situation géopolitique, le chaos climatique, les menaces de Poutine et de Trump. La question numéro 1 est donc de réorganiser notre société pour qu’elle soit plus résiliente et qu’elle organise sa sécurité.”
“Il n’y a aucun scénario de neutralité carbone qui ne commence par diviser par deux la consommation d’énergie.”
“Séparer les enjeux de l’énergie, de celui de l’effondrement de la biodiversité, de l’eau, des ressources, ne permettra pas à la nation de faire des choix robustes et éclairés. Cela conduit à prendre de mauvaises décisions, comme le fait de faire de la France la plaque tournante des data centers pour l’IA, sans souveraineté numérique, sans réflexion sur l’empreinte carbone que cela représente, sans égard pour la consommation d’eau et d’énergie.”
“D’abord, à mes yeux, il faut développer davantage la question de l’adaptation et de la résilience des infrastructures critiques, en particulier des réseaux. Production, transport, distribution, tout est affecté par le changement climatique et donc ça doit être une priorité. Deuxièmement, l’enclenchement d’un changement de modèle pour aller vers une sécurité énergétique plus robuste, plus localisée, plus redondante, même moins complexe avec les boucles locales d’énergie partagées. Ce nouveau modèle participerait d’une défense en profondeur contre la hausse des prix, mais aussi contre les risques de rupture d’infrastructures. C’est l’enjeu de l’autoconsommation collective pour les besoins de base. Elle suscite un engouement sur le terrain. Et d’après l’observatoire d’Enedis, on est passé de 77 opérations en 2021 à 1945 début 2026. Troisième point, c’est la chaleur et le froid renouvelables, qui font l’unanimité là où ils sont déployés.”