Lundi 25 mai, la France a battu son record absolu de température moyenne pour un mois de mai avec plus de 24 °C à l’échelle du pays, un chiffre jamais atteint depuis que les relevés existent, effaçant un record qui datait de 1944. Des températures de 37 °C au Pays basque, 35 °C à Nantes, 33 °C à Brest. Sept personnes sont mortes de causes liées directement ou indirectement à la chaleur. Cette semaine, environ 194 000 lycéens passent leurs épreuves du bac pro dans des salles surchauffées. En Île-de-France, l’AP-HP observe une hausse de l’activité dans les services d’accueil des urgences adultes de 4,5 % par rapport à la semaine dernière.
Ce n’est pas un accident. C’est la nouvelle “normale” : des changements de temps brutaux, des saisons qui ne ressemblent en rien à ce que nous avons connu, et des conséquences désastreuses sur nos vies, sur les animaux, sur les végétaux mais aussi sur nos infrastructures. Or notre pays est loin d’y être préparé.
Face à cet épisode inédit, une réunion interministérielle sous la houlette du Premier ministre est annoncée… pour jeudi. Soit cinq jours après le début de cette vague de chaleur. Ce décalage en dit long. Depuis 2004 et la création du plan canicule après la catastrophe sanitaire de 2003, le logiciel n’a pas changé : on active les dispositifs d’alerte, on appelle à la vigilance, on compte les morts. La vraie question est : pourquoi n’avons-nous toujours rien changé à l’organisation concrète du pays ? Les écoles surchauffées, les EHPAD manquant de personnels, les appartements sous les toits transformés en fours, les chantiers en plein soleil, les transports en commun défaillants sous la chaleur… Vingt ans après, aucune leçon structurelle n’a été tirée.
À chaque épisode de chaleur, les événements se répètent car la sécurité climatique n’est toujours pas considérée pour ce qu’elle est : une priorité politique. Pendant vingt ans, le discours public s’est résumé à : buvez de l’eau, fermez les volets, prenez des nouvelles de vos voisins. Comme si les petits gestes suffisaient et comme si l’État pouvait ainsi se défausser sur la responsabilité individuelle. Ce modèle-là est à bout de souffle. Il ne protège pas les plus vulnérables. Il entérine des inégalités profondes : entre ceux qui ont un jardin et ceux qui étouffent dans un studio sous les toits, entre ceux qui peuvent rester au frais chez eux et ceux qui travaillent dehors, etc.
La réponse ne peut pas être un “grand plan climatisation” comme le proposent la droite et l’extrême droite, fuite en avant énergétique et financière qui aggraverait le problème tout en appauvrissant encore davantage les ménages. Des collectivités et des associations montrent déjà qu’on peut faire autrement : isolation des logements et des bâtiments publics, végétalisation des villes, plan de mise à l’abri avec liste des lieux frais accessibles gratuitement, mobilisation des réseaux de solidarité pour que personne ne soit oublié… Les solutions sont là mais il manque la volonté politique d’en faire un modèle national.
Préparer la France aux conséquences du changement climatique exige trois engagements clairs que porte Génération Écologie :
- Premièrement, construire un État-Résilience. Il est grand temps de reconnaître la sécurité climatique comme une priorité nationale, dotée d’un ministère régalien de la résilience, de la protection civile et des situations d’urgence, et de capacités, humaines et matérielles, renforcées.
- Deuxièmement, soutenir les chaînes de solidarité qui existent déjà et qui sont les vrais premiers de cordée de l’adaptation climatique : sapeurs-pompiers (avec leurs 43 400 professionnels, 13 000 militaires et 200 000 volontaires, pour près de 5 millions d’interventions en 2022, dont 85 % de secours à personne), protection civile (32 000 bénévoles), réseaux d’aide aux personnes isolées, services à domicile. Sans eux, notre modèle social s’effondre. Nous devons généraliser les réserves communales de sécurité civile. Créées en 2004, elles ne sont présentes que dans 755 communes soit 2 % du total. Il est temps de donner aux communes les moyens réels de structurer ces réseaux d’entraide.
- Troisièmement, une loi de programmation pour l’adaptation et la résilience face au changement climatique sur tous les territoires. Pas des enveloppes annuelles soumises aux aléas budgétaires, mais des fonds sanctuarisés sur plusieurs années pour que les communes, les associations et les services publics puissent s’organiser durablement.
La canicule de mai 2026 n’est pas un signal d’alerte supplémentaire. C’est le début d’une nouvelle ère climatique. La prochaine élection présidentielle sera celle de tous les choix : continuer de faire porter à chacun, seul et inégalement, le poids d’un monde qui se réchauffe ou prendre enfin, la décision politique de nous organiser collectivement pour que notre beau pays continue d’être habitable pour toutes et tous.