Depuis le 18 septembre, des lycéens s’expriment à travers des blocus pour dénoncer les conditions de fonctionnement de leurs établissements scolaires. La logique est simple: ils se considèrent tellement entravés par les manques de moyens humains et par une vétusté de locaux se rapprochant de l’insalubrité, qu’être dehors ou à l’intérieur de l’institution scolaire est similaire, de leur point de vue. Dans tous les cas, ils n’apprendront pas dans de bonnes conditions.
Rappelons qu’en Ile-de-France, les « réels », ces capsules vidéos tournées par les élèves et diffusées par les réseaux sociaux, montrent l’état déplorable de certains lycées depuis 2022, amenant déjà une série de reportages médiatiques. L’expression de « parent pauvre de la fonction publique » concernant l’Éducation nationale est alors concrétisée par les reportages. Que ce soit le lycée Voillaume d’Aulnay-sous-Bois le 12 décembre 2022 ou Paul Eluard de Saint-Denis depuis 2023, le constat reste le même : des faux-plafonds en miettes, des taches révélant une étanchéité discutable des bâtiments, et des rats comme co-usagers. Ajoutons à cela des difficultés sur le chauffage, l’électricité ou les réseaux internet. N’importe quelle entreprise aurait refusé de telles conditions pour ses employés, et notre société y a placé ses jeunes pour qu’ils vivent leurs premières expériences de découverte du monde.
Parce qu’il faut comprendre l’effet cumulatif de la situation, il faut rappeler que l’Éducation nationale manque tellement de personnels que tous les postes ne sont pas pourvus. Imaginez étudier en vue de l’obtention d’un bac STMG spécialité gestion des Ressources humaines sans cours de management faute d’enseignant.
Notre société vit avec une jeunesse lucide sur les catastrophes à venir, comme le montre par exemple l’interpellation, le 8 juin 2021, du Président Emmanuel Macron par un lycéen à propos de l’inaction climatique gouvernementale sur ce qu’allait vivre la jeunesse française : des canicules à répétition en 2025 et en 2026 dans des bâtiments scolaires inadaptés. Ces expériences ont été vécues pendant des moments scolaires, ou pire lors d’examens où se jouent leur avenir.
La lucidité des jeunes concerne alors leur relation avec les politiques publiques: ils ont l’impression, à raison, que leur avenir est sacrifiable, voire sacrifié. Comment un jeune pourrait-il accepter une société qui ne mène pas de politique ambitieuse en direction de la jeunesse en sachant que la santé mentale des jeunes décline ? Derrière ce pudique déclin, nous parlons du rapport publié le 16 juin 2026 indiquant l’augmentation de consommation d’anxiolytiques par les jeunes. Derrière ce pudique déclin, nous pourrions ajouter la pauvreté et la précarité estudiantine, à laquelle certains lycéens d’aujourd’hui seront confrontés dans un avenir très proche. L’augmentation de la fréquentation des CROUS après la mise en place du repas à 1€ montre l’état de nécessité de la jeunesse.
Or, cette situation de négligence gouvernementale est d’autant plus éclairante avec l’élargissement du mouvement social des lycéens : le 20 septembre 2026, le ministre de l’enseignement supérieur Philippe Baptiste prévient que sans budget, les repas CROUS à 1€ ne pourront pas être reconduits. Cette phrase est devenue virale et participe à fonder la solidarité des lycéens. Les lycéens non concernés par des bâtiments insalubres sont concernés par leur future précarité étudiante.
Forte de ces constats, Génération Écologie doit se réjouir que la jeunesse française ait compris comment employer pacifiquement et sans atteinte aux biens ou aux personnes, son droit de manifestation pour revendiquer un digne exercice de son droit à l’éducation.
Avant tout, rappelons que nous soutenons l’indépendance et la non-violence des manifestations lycéennes, et nous condamnons les émeutiers qui ne servent que le chaos et en rien les revendications lycéennes.
Génération Écologie est aussi lucide sur le fait que cette situation doit être appréhendée avec le tact, l’écoute et la patience que nécessitent des échanges avec des jeunes. Et nous réprimons la brutalité avec laquelle sont traités les lycéens.
Pour répondre aux demandes de la jeunesse, Génération Écologie milite tout en étant prête à appliquer une politique de l’espérance au service de la jeunesse.
L’espérance, c’est apporter la garantie de croire en l’avenir.
L’espérance c’est l’assurance que les politiques publiques consentiront les mêmes investissements pour protéger la sécurité environnementale, géopolitique, économique de tous.
L’espérance, c’est refuser d’opposer les générations et comprendre que l’investissement pour nos jeunes générations n’est qu’un lien parmi tant d’autres permettant les solidarités intergénérationnelles.
Génération Écologie encourage donc au débat démocratique, y compris par l’usage pacifique du droit de manifestation, pour que le rapport de la convention citoyenne sur les temps de l’enfant publié en novembre 2025 soit véritablement employé. Peut-être est-ce une solution pour répondre aux revendications lycéennes sur les horaires journaliers et sortir de l’actuel et inefficace standard 8h-18h.
Génération Écologie encourage évidemment à employer l’opportunité scolaire comme levier d’investissement pour construire un avenir enthousiasmant pour tous.
Rénover les écoles, au-delà de l’accueil de la jeunesse dans de beaux bâtiments, favorisera la sobriété énergétique et le soutien économique aux entreprises du bâtiment.
Renforcer les circuits courts et biologiques dans les restaurants scolaires soutiendra le secteur agricole tout en favorisant la prévention sanitaire.
Organiser les temps d’enseignement dans des classes avec des effectifs moins chargés et à proximité des domiciles, c’est garantir une scolarité de qualité sur l’intégralité du territoire, y compris dans les espaces ruraux.
Investir dans les voyages scolaires, c’est assurer la découverte de la beauté du monde et des cultures à notre jeunesse tout en soutenant les secteurs culturels, sportifs et touristiques.
Valoriser les rémunérations des enseignants, c’est rappeler l’importance et la beauté de la science au service de tous, d’autant plus dans un monde où la désinformation est employée pour diviser les membres de la société française.
L’école est le creuset de la République, de la démocratie et de la citoyenneté. Elle peut aussi être la concrétisation de la politique de la beauté, au service de toutes et tous.
Voilà pourquoi Génération Écologie soutient ce mouvement social, quand il reste pacifique, et invite à agir pour répondre au désir lycéen de changement avec des politiques publiques ambitieuses, pour que jeunesse rime avec promesse.
Damien Adras, adhérent Génération Écologie Deux-Sèvres