Trois départements sont encore en vigilance rouge pour les crues et inondations. Pompiers, services publics de l’énergie, mais aussi élus locaux se démènent depuis des jours pour assurer la sécurité de la population et tenter de lutter pour contenir les effets dévastateurs des inondations.
De la Gironde à la Charente-Maritime, de la Loire-Atlantique au Lot-et-Garonne, en passant par la Haute-Garonne et le Maine et Loire, Génération Écologie rend hommage aux maires, aux élus et agents présents sur le terrain, ravitaillant en eau potable et en nourriture les habitantes et habitants isolés, organisant les évacuations, passant des journées à téléphoner à leurs administrés pour prendre des nouvelles, réquisitionnant des équipements publics pour créer des hébergements d’urgence. De jour comme de nuit, il faut aussi tronçonner un arbre qui menace de tomber, faire la circulation, ou encore installer des panneaux de signalisation pour éviter que les automobilistes ne se mettent en danger… Aux côtés des pompiers, les maires et équipes municipales sont des héros du quotidien, qui œuvrent humblement, et souvent avec les moyens du bord.
La directrice de Vigicrues, Lucie Chadourne-Facon, souligne que tous les records ont été dépassés depuis que Vigicrues, le service public d’information sur les risques de crues en France, a été créé en 2006. La France a atteint un indice de l’humidité des sols “le plus élevé”, depuis le début de compilation de cette donnée en 1959. Mais les inondations qui frappent régulièrement nos territoires ne sont plus des événements exceptionnels. Elles sont devenues l’une des manifestations du réchauffement climatique, qui transforme en profondeur la fonction de maire. Ce qui relevait autrefois de la situation exceptionnelle devient presque routinier : plans communaux de sauvegarde, diagnostics de vulnérabilité, exercices de prévention. Voilà en effet des années, et des décennies, que se multiplient les alertes scientifiques sur les risques encourus en matière d’inondations et de submersion, du fait du réchauffement climatique et de son corollaire l’augmentation du niveau de la mer. Nous rappelons depuis des années l’urgence d’adopter des politiques publiques limitant à la fois ses impacts et prenant en compte les facteurs de vulnérabilité aggravant pour en limiter les effets
- en conservant les zones humides,
- en luttant contre l’imperméabilisation et l’artificialisation des sols,
- en préservant les haies,
- en veillant au respect de l’interdiction d’urbaniser dans des zones à risque,
- en donnant de la liberté à nos rivières, contre la tendance majoritaire qui tend à les artificialiser notamment pour le trafic fluvial…
La liste est longue des mesures préventives qui permettraient d’atténuer les crues et de protéger les habitants en agissant sur la capacité des sols à retenir l’eau de surface en amont des bassins versants pour éviter le déferlement massif en aval. Mais hélas, la prévention n’est pas à la mode institutionnelle, même lorsqu’il s’agit de sécurité nationale.
Dans ce contexte de préparation des élections municipales, Génération Écologie tient à souligner le rôle majeur joué par les municipalités dans la prévention des risques contre les inondations et invite les candidats à s’emparer de ce sujet majeur.
D’un point de vue opérationnel, c’est principalement dans la prise en compte du risque dans les documents d’urbanisme que le maire peut agir préventivement. Ces derniers doivent être compatibles avec les plans de prévention des risques inondation (PPRI) sous la responsabilité de l’État. Et c’est bien sous cet angle que d’importantes lacunes apparaissent, tant en matière de respect du droit de l’environnement que du droit de l’urbanisme. La gestion des eaux pluviales, la maîtrise des flux hydriques d’une manière générale et la mise en œuvre de moyens adaptés à l’estimation des risques encourus doivent être anticipés. La course à la croissance de l’urbanisation a pu conduire à des erreurs dramatiques, comme celles consistant à délivrer des permis de construire dans des zones inondables, décisions qui sont attaquables devant le tribunal administratif. Ensuite, il incombe également au maire de procéder aux travaux de protection et d’entretien, de surveillance et d’alerte. Il partage également avec l’État la responsabilité des secours en vertu de ses pouvoirs de police générale incluant la prévention des risques naturels. Enfin, il doit organiser des circuits d’information préventive, en coordination avec les services d’alerte de l’État. Les intercommunalités ont elles-aussi un rôle important, avec la compétence GEMAPI (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations), qui a également permis très favorablement, depuis 2018, de faire le lien entre la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations.
Face à la récurrence des catastrophes qui ne sont plus naturelles mais d’origine anthropique, il est désormais illusoire de croire que de simples ajustements techniques suffiront. L’organisation de la résilience doit devenir un enjeu politique central, fondé sur une mobilisation collective d’une ampleur inédite. Cela implique d’abord une adaptation fondée sur la nature : il est vital de ralentir le cycle de l’eau par la restauration des zones humides, la renaturation des rivières, la restauration des haies et la préservation des zones d’expansion des crues pour sécuriser l’approvisionnement et protéger les populations. Cependant, là où les limites sont franchies, le repli stratégique devient indispensable. Ce choix ne peut reposer sur les seules épaules des victimes et des communes rurales : l’État doit garantir le relogement des sinistrés et la réparation des dommages, sans les renvoyer à des assurances privées aux tarifs prohibitifs. Il est urgent et vital que ces objectifs de résilience soient pleinement pris en compte dans des programmes municipaux à la fois réalistes et ambitieux, à la hauteur des risques et des vulnérabilités que connaissent les territoires français dans leur diversité, et conformément au respect des exigences réglementaires. Nos concitoyennes et concitoyens aspirent à ce degré de protection de la part de leurs représentants municipaux. Nous les soutenons dans leur exigence : la résilience face au changement climatique relève de la sécurité nationale. Face à la montée des eaux, c’est toute la République qui doit se tenir aux côtés de ses élus locaux. Et l’État doit enfin leur en donner tous les moyens notamment par une loi de programmation dédiée !
Anne-Laure Bedu
Chargée des relations avec les partenaires sociaux et de la santé environnementale