“On ne pouvait pas ne pas agir” raconte Christelle Cailleux, conseillère départementale et adjointe au maire de Mûrs-Erigné chargée de l’alimentation, membre de Génération Écologie. Depuis janvier, cette commune de plus de 6 000 habitants a mis en place les “ordonnances vertes”. Les femmes enceintes ont accès gratuitement à des paniers de légumes bio. Le maire, Jérôme Foyer, précise que ce dispositif a été voté à l’unanimité du conseil municipal. Il est inscrit au contrat local de santé, soutenu par la caisse primaire d’assurance maladie et l’agence régionale de santé, entre autres. Mûrs-Erigné a la fierté d’être la première commune de la région des Pays de la Loire à mettre en place ce dispositif.
“Les femmes sont en première ligne quand il s’agit de pollution”
À l’heure où le sénateur Duplomb dépose une nouvelle proposition de loi pour réautoriser en France des pesticides interdits, des communes comme Mûrs-Erigné témoignent au contraire de l’urgence de protéger la santé environnementale. Dans la région Pays de la Loire, on recense chaque année 21 000 nouveaux cas de cancer souligne Gaëlle Rougeron, conseillère régionale Génération Écologie. Ces chiffres rappellent que l’alimentation sans pesticides n’est plus une option. La période de la grossesse est particulièrement sensible au regard des connaissances scientifiques sur les conséquences de l’exposition des enfants à naître aux perturbateurs endocriniens. Les ordonnances vertes permettent aux médecins de prescrire les légumes et fruits bio aux femmes enceintes. Les paniers sont fournis par le maraîcher du marché bio qui se tient deux fois par semaine dans la commune, qui trouve ainsi un débouché qui conforte son installation.
À Mûrs-Erigné, c’est un plan d’ensemble qui est mis en place pour la santé et la biodiversité. La cuisine centrale est repassée en régie, 100 % bio, qui nourrit les enfants des crèches et des écoles, ainsi que les personnes âgées. Philippe Martin, adjoint à la transition écologique et à la démocratie participative explique que l’équipe municipale travaille avec ambition sur ses projets de concert avec les associations, notamment Florence Denier-Pasquier, de France Nature Environnement Anjou, Denis Benoit du Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest et Valérie Brossard de la LPO Angers.
L’éducation populaire contre la malbouffe et pour le 100% bio
Les ordonnances vertes ne se limitent pas à l’accès aux produits bio. La prescription médicale préconise aussi de participer à des ateliers avec une diététicienne spécialisée, ainsi qu’à des ateliers de cuisine qui mettent en valeur les légumineuses. L’éducation populaire à l’alimentation est un moyen concret de sensibiliser aux méfaits de la malbouffe et de démontrer qu’il est facile de manger sain et bon, et pour pas cher !
À terme, la commune aimerait créer une maison de l’alimentation, un lieu accessible à toutes et tous, pour favoriser les rencontres et le lien social autour d’ateliers de cuisine. Florence Denier-Pasquier rappelle que le projet de ces “maisons de l’alimentation durable” était une proposition centrale du rapport du “Pour une alimentation durable ancrée dans les territoires” qu’elle avait réalisé pour le Conseil économique social et environnemental en 2020. L’alimentation représente un quart de notre empreinte carbone. Elle est un levier stratégique ancré dans les territoires pour lutter contre la « malbouffe » et la précarité. Et c’est à Mûrs-Erigné que cette recommandation prend forme : en facilitant l’accès au bio dès la grossesse, la commune démontre que la transformation des habitudes n’est pas qu’une question de volonté individuelle, mais de politiques publiques. La commune permet aux familles de se réapproprier les clés d’une nourriture saine. Elle démontre que le bio local n’est pas un luxe, mais une solution accessible à toutes et tous.
Une alimentation en lien avec le soin à la nature et aux paysages
La commune ne sépare pas l’action pour l’alimentation de la protection de la biodiversité. Les élus s’inquiètent actuellement de récentes préconisations préfectorales de débroussaillage qui contredisent ses actions de protection de la nature. Une balade (sous une pluie battante) à la Roche de Mûrs en compagnie d’Alain Laplace, président du Conservatoire des Espaces naturels Pays de la Loire permet de mesurer les beautés exceptionnelles du panorama. La Roche de Mûrs, site historique chargé d’histoire pendant la Révolution française lors des guerres de Vendée, est un éperon rocheux qui surplombe le Louet, bras de la Loire. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle est aussi reconnue comme Espace Naturel Sensible pour ses écosystèmes uniques. Ce sanctuaire voit cohabiter pas moins de 60 espèces remarquables comme l’Orchis bouc ou la Gagée de Bohême.
Les conservatoires d’espaces naturels s’inquiètent actuellement de la possible suppression du “programme LIFE”. Ce mécanisme de l’Union européenne permet depuis des années de financer des actions d’ampleur pour la régénération de la nature et la protection de la biodiversité. Comme députée, Delphine Batho est mobilisée à leur côté pour que la France n’accepte pas sa disparition, qui illustre le backlash contre l’écologie en cours à l’échelle européenne. Protéger les écosystèmes, c’est aussi protéger la beauté de notre cadre de vie, mais aussi les sols et l’eau qui nous nourrissent.
Loin de se résigner, les communes sont des territoires d’espérance. Les dispositifs comme les ordonnances vertes de Mûrs-Erigné démontrent que des solutions concrètes existent pour protéger simultanément la santé, les sols et le vivant.