Les combats héroïques de l’Aisne pour la santé environnementale

De Courmelles à Dizy-le-Gros, rencontre avec celles et ceux qui, ensemble, maires, agriculteurs, associations, médecins, sages-femmes, citoyennes, citoyens, s’engagent pour la santé et l’avenir de leur terre. Delphine Batho était le 22 janvier dans l’Aisne, pour soutenir la mobilisation contre l’implantation d’une usine toxique, ainsi que les agriculteurs visionnaires qui portent le projet “la fABrique à sucres” à partir de betteraves cultivées en agriculture biologique. Au lendemain du vote du Parlement européen sur l’accord avec le Mercosur et avant le prochain débat sur la pétition contre la loi Duplomb à l’Assemblée nationale, leur détermination est porteuse d’espérances.

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Depuis six ans, un maire et agriculteur, Arnaud Svrcek, tout un village, Courmelles, des dizaines de médecins, d’autres maires et des citoyennes et citoyens, mènent un combat héroïque face à une multinationale. Depuis six ans, fiers de leur diversité, elles et ils se mobilisent pour préserver la santé, la qualité de vie, les terres, leur paysage. Depuis six ans, elles et ils refusent l’implantation d’une usine qui serait l’une des plus polluantes de France : la deuxième pour les émissions de phénol, la troisième pour le formaldéhyde, la sixième pour l’ammoniac. Un cocktail toxique dont la population ne veut pas. Courmelles veut choisir sa réindustrialisation et dénonce l’injonction qui consiste à imposer à la population de l’Aisne le sacrifice de la santé contre des emplois.

« Un rassemblement de personnes différentes »

Les habitantes et habitants se sont exprimés à 96 % contre l’implantation de l’énorme usine de laine de roche de la multinationale Rockwool, qui occuperait l’équivalent de 55 terrains de football et consommerait une énergie considérable. Des médecins, comme la docteure Maryse Vasseur, avaient lancé l’alerte sur la gravité des risques pour la santé : avec 800 tonnes de rejets toxiques annuels, des émanations de substances hautement irritantes et toxiques, suspectées de provoquer des pathologies respiratoires graves et des cancers, Rockwool représente une menace pour la population. L’enquête publique leur a donné raison et s’est conclue par un avis défavorable. La commune a refusé le permis de construire. Les élus et collectifs ont fait valoir des alternatives, avec d’autres projets créateurs d’emplois. “Nous avons toujours été force de proposition”, souligne Arnaud Svrcek. Fin de non-recevoir de l’État, qui a délivré les autorisations. Après moult rebondissements judiciaires, l’affaire est désormais dans les mains du Conseil d’État.

Le combat contre l’implantation d’une usine polluante, tel que le racontent Arnaud Svrcek mais aussi les collectifs Stop Rockwool et Toxic-Rockwool à Delphine Batho et Jean-Robert Boutreux, référent de Génération Écologie dans l’Aisne, c’est aussi l’histoire de la ruralité qui n’en peut plus du manque de respect et d’être traitée avec “condescendance”. L’Aisne est parmi les départements les plus touchés par la pauvreté en France métropolitaine. Et c’est ici que l’on semble considérer en hauts lieux que la population doit s’estimer heureuse si des emplois sont créés : qu’importent les cancers et les maladies respiratoires, c’est chez vous qu’on mettra la pollution ! Un mépris d’autant plus aberrant que les filières industrielles des matériaux isolants biosourcés localement, chanvre, lin, entre autres, ne demandent qu’à s’épanouir. Leurs performances thermiques, leur bilan écologique, leur potentiel économique en termes de travail et d’emplois, surpassent de très loin la laine de roche industrielle. 

Ce qui se joue à Courmelles, dans l’Aisne, nous concerne toutes et tous. 

C’est le combat des citoyens du monde pour notre bien commun qu’est la Terre

Arnaud Svrcek

C’est une exigence de respect pour la santé, portée par un maire agriculteur. C’est une mobilisation emblématique, qui fédère des citoyennes et citoyens de tous horizons, par delà tous les clivages, qui se réapproprient leur lieu de vie, leur paysage, l’air qu’ils veulent pouvoir respirer demain. Depuis six ans, leur détermination a permis d’empêcher la construction de l’usine d’une multinationale puissante. Pour faire face aux coûts des procédures dans ce bras de fer juridique, ils ont besoin d’aide. Une cagnotte est ouverte à la solidarité nationale

À Dizy-le-Gros, Delphine Batho, candidate à l’élection présidentielle, et l’équipe de Génération Écologie ont visité la ferme de Clément Lemaire, agriculteur bio sur une exploitation de 300 hectares qui donne du travail à cinq personnes. Fils d’agriculteur devenu informaticien, Clément a choisi de quitter la vie urbaine pour reprendre les fermes de ses parents et les convertir en agriculture biologique. Un choix qu’il justifie par la volonté d’agir pour la santé.

On est une famille très marquée par les cancers

Clément Lemaire

Clément Lemaire, un collectif de 50 agricultrices et agriculteurs, Bio Hauts-de-France, ainsi que différents partenaires rassemblés dans une coopérative, portent le projet la « fABrique à sucres ». Il s’agit de créer une micro-sucrerie industrielle, pour transformer les betteraves sucrières bio avec un procédé d’extraction 100 % mécanique qui préserve les qualités gustatives du produit. Le résultat est un délice, un sucre qui a du goût et tous ses nutriments ! Cet outil de transformation permettrait de structurer la filière, en s’appuyant sur les fermes qui démontrent déjà qu’il est possible de cultiver des betteraves sucrières en agriculture biologique, sans néonicotinoïdes ni pesticides

« On gagne notre vie aussi bien, voire mieux, qu’en agriculture conventionnelle »

La clef de la réussite est la diversité des cultures, près de quinze sur la ferme, avec des rotations longues. Cette conduite de l’exploitation n’est pas seulement vertueuse pour la santé des cultures et des sols. Elle limite les risques économiques : lorsqu’une culture est ratée ou frappée par un aléa, la sécurité économique est maintenue grâce à la diversité des productions. Les agriculteurs racontent avec passion leur métier. On pourrait les écouter pendant des heures parler de leurs résultats techniques, de leur dernière trouvaille agronomique, des auxiliaires des cultures ou encore de l’esprit d’entraide qui les unit. Pour toutes et tous, le passage à l’agriculture biologique relève “d’une vision stratégique”, de la reconquête d’une “liberté”, celle de se réapproprier l’agronomie. Elles et ils sont heureux dans leur métier et démontrent que la voie d’avenir de l’agriculture biologique est crédible pour régénérer partout des terres nourricières, bien vivantes.

À l’approche du débat sur la pétition contre la loi Duplomb à l’Assemblée Nationale le 11 février prochain, les pionniers de la betterave sucrière en agriculture biologique de l’Aisne démontrent que la vie est plus belle sans acétamipride !