On aurait pu dire du Chant des forêts qu’il s’agit d’un film naturaliste, d’un nouveau documentaire valorisant l’esthétique d’une nature sauvage ordinaire retrouvée, d’une ode aux grands espaces parcourus de sons, de cris et de chants, d’un reportage dédié à la transmission d’une passion de génération en génération, d’un hymne à la forêt vosgienne et à ses habitants, d’une fresque lente sur les variations de lumières de l’aube au crépuscule, ou d’un tableau de maître géant projeté en continu. On aurait certainement pu dire tout cela à la fois, et le résultat est aussi merveilleux que bouleversant.
Vincent Munier a réussi le pari de faire passer un message sur la vulnérabilité du Vivant, des espèces et des individus qui le composent, du plus petit au plus grand, passant des lichens à la canopée en zoomant sur l’écureuil, le grand-duc ou le faon, en se tenant à l’écart d’un jugement moral qui viendrait alourdir son propos.
L’indicible beauté des images se succédant à l’écran et des sons parvenant à nos oreilles ont une force de conviction que bien des discours portés sur l’écologie n’atteignent plus, sans doute par effet de saturation. La démonstration est magistrale tout en étant empreinte d’une profonde humilité.
Humilité de la vie, de toute vie sur terre, humilité de l’Homme qui n’en est qu’un représentant parmi tant d’autres, humilité de son regard et de sa place dans toute la scénographie d’un écosystème local, humilité de son existence et de son passage. Comme une trace vaporeuse dans l’immensité enneigée des vallées vosgiennes…
La quête du grand tétras, comme un Graal pour ses trois générations d’hommes réunis par l’amour de la Nature, est le prétexte d’un somptueux voyage sensoriel que les applaudissements dans les salles de cinéma confirment à chaque séance.
Retrouver l’usage de nos sens, de la vue et de l’ouïe, c’est renouer avec notre animalité, c’est se fondre durant quelques heures dans la contemplation du Monde en s’y sentant pleinement intégré, de nuit comme de jour. Ralentir, prêter attention à l’infiniment discret, à l’infiniment petit, aux silences magnifiés par l’émission soudaine d’un bruissement léger de feuille, d’une goutte d’eau ou d’un chant d’oiseau mélodique, c’est comprendre que chaque instant dans la Nature nous réserve un moment d’enchantement, pour peu que nous sachions nous en rendre compte.
Merci Vincent Munier, merci à votre père Michel, guetteur à l’affût, de vous avoir initié, et merci à Simon de prendre le relai… Nous sommes à vos côtés.
Anne-Laure Bedu
Chargée des relations avec les partenaires sociaux et de la santé environnementale