À Rennes le 10 janvier, 3 000 personnes ont manifesté pour défendre l’eau, après que la FNSEA ait empêché la tenue d’une réunion de la Commission locale de l’eau qui devait valider le nouveau Sage (schéma d’aménagement et de gestion des eaux) de la Vilaine, fruit de trois ans de concertation démocratique, prévoyant des mesures pour préserver les captages d’eau potable des contaminations par les pesticides, le tout dans un bassin-versant où actuellement seulement 8 % des eaux de surface sont en bon état écologique.
Ils n’ont obtenu pour toute réponse que l’annonce par le Premier ministre d’un moratoire immédiat sur toutes les décisions relatives à la politique de l’eau jusqu’en mars ; la suspension jusqu’en septembre de tous les textes fixant les volumes d’eau agricoles prélevables en vue de “garantir la prise en compte des contraintes agricoles” ; le déblocage d’un “maximum de projets” d’irrigation agricole ; la présence encore accrue du monde agricole dans les commissions locales de l’eau ; l’engagement de demander à la Commission européenne la révision de la “directive nitrates” ; l’engagement de ne pas augmenter la redevance pour pollutions diffuses pour le monde agricole… Sont ainsi piétinés d’un même mouvement la directive cadre sur l’eau de l’Union européenne, mais aussi la Constitution, la Charte de l’environnement, le code de l’environnement, nombre de décisions de justice et donc la séparation des pouvoirs. Un gouvernement, quel qu’il soit, ne peut par des mesures réglementaires empêcher l’application de la loi et de la Constitution ! Les principes fondamentaux de la gouvernance de l’eau depuis la loi sur l’eau de 1992 doivent donc être rappelés.
1er principe fondamental : l’eau est un patrimoine commun d’intérêt général
C’est l’article 1 de la loi sur l’eau : “L’eau fait partie du patrimoine commun de la nation. Sa protection, sa mise en valeur et le développement de la ressource utilisable, dans le respect des équilibres naturels, sont d’intérêt général. L’usage de l’eau appartient à tous dans le cadre des lois et règlements ainsi que des droits antérieurement établis”. “Nous allons bientôt manquer de l’eau”, alertait René Dumont, premier candidat écologiste à l’élection présidentielle, en buvant un verre d’eau en direct à la télévision en 1974. Plus d’un demi-siècle plus tard, l’état de la ressource en eau est l’un des plus graves, voir le plus critique, problème écologique en France. Les prélèvements excessifs ont fragilisé la sécurité d’approvisionnement en eau potable, à quoi s’ajoute désormais le nouveau régime climatique qui pousse à son paroxysme la tension sur la ressource. Nappes phréatiques, cours d’eau, fleuves et rivières sont aussi massivement contaminés, notamment par les nitrates et les pesticides. Des centaines de captages d’eau potable ferment chaque année. La France a été plusieurs fois condamnée par la Cour de justice de l’Union européenne. De multiples rapports, notamment de la Cour des Comptes, ont tiré le signal d’alarme concernant la mauvaise gestion de l’eau dans notre pays. Comme l’énonçait Delphine Batho devant l’Assemblée nationale en 2023 : “Il est temps de dire stop et d’inscrire dans la loi trois principes d’une politique de l’eau résiliente. Premièrement, l’eau n’est pas inépuisable, elle va être de plus en plus rare ; la décroissance de la consommation d’eau s’impose, pour préserver les usages les plus vitaux. Deuxièmement, l’eau, essentielle à la vie, est un bien commun, dont la gestion ne peut être que transparente, démocratique et partagée. Troisièmement, notre résilience et celle de l’agriculture doivent reposer d’abord sur des solutions d’adaptation au changement climatique fondées sur la nature : cela coûte moins cher et c’est plus efficace.”
2e principe fondamental : la protection de la santé avant tout !
“La gestion équilibrée [de l’eau] doit permettre en priorité de satisfaire les exigences de la santé, de la salubrité publique, de la sécurité civile et de l’alimentation en eau potable de la population.” L’UFC – Que choisir a dénoncé, en novembre 2025, l’augmentation préoccupante des non-conformités aux normes de l’eau du robinet des Françaises et des Français, ainsi que l’aggravation des pollutions des aires de captage d’eau par les métabolites des pesticides et les nitrates, qui ont déjà causé la fermeture de près de 6 000 captages d’eau potable entre 1980 et 2024. Le Premier ministre veut alléger la “directive nitrates”, qui prévoit d’encadrer strictement l’épandage sur les aires d’alimentation des captages d’eau potable particulièrement vulnérables. Et ce, alors même que la Commission européenne a lancé au printemps 2025 contre la France une nouvelle procédure devant la Cour de justice de l’Union européenne en raison de la pollution de l’eau potable par les nitrates. Pour Génération Écologie, les substances chimiques nocives pour l’eau et la santé doivent être interdites dans 100 % des aires de captages d’eau potable, qui devraient obligatoirement être cultivés en agriculture biologique.
3e principe fondamental : le partage de l’eau entre tous les usagers, en respectant les milieux
L’article L211-1 du Code de l’Environnement fixe les règles de gestion équilibrée et durable de la ressource en eau, prenant en compte le changement climatique, la préservation des écosystèmes aquatiques et des zones humides, la protection des eaux contre toute pollution et dégradation, la restauration des milieux dégradés, le développement de la ressource en eau et sa valorisation comme ressource économique. Avec la loi Duplomb, les ouvrages de stockage d’eau, qui concernent surtout de grandes cultures agro-industrielles en grande partie destinées à l’export, sont déjà présumés “d’intérêt général majeur”. Accélérer la mise en œuvre de la loi sur les stockages d’eau et suspendre la fixation des volumes prélevables jusqu’en septembre, alors que plusieurs décisions de justice en ont imposé la définition, sans aucun cadre de régulation (notamment celui des SAGE !), c’est alimenter une logique de conflits et de guerre de l’eau. Comme le souligne le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, face au réchauffement climatique, “sans transformation des usages, 88 % du territoire hexagonal pourrait être en situation de tension en été 2050”. Le technosolutionnisme de l’État et de l’agro-industrie est un pari aveugle. La transformation de notre agriculture, urgence de souveraineté alimentaire et de sécurité nationale, passe par le développement massif de l’agro-écologie, la régénération des cycles naturels de l’eau et des sols et l’accompagnement d’agricultrices et agriculteurs ancrés dans leur territoire.
4e principe fondamental : le respect du principe pollueur-payeur
Il remonte à la première loi sur l’eau de 1964, qui créait les agences de bassin chargées de collecter les redevances et de faire respecter le principe pollueur-payeur. Il sera encore mis à mal, laissant le lourd poids du prix de la pollution à la charge des communes, dont beaucoup de communes rurales pour lesquelles ce poids n’est pas supportable, et aux usagers domestiques, via les factures d’eau. Génération Écologie est pour le renforcement du principe-pollueur, pour le monde industriel comme pour l’agro-chimie.
Nous défendons un État protecteur, la démocratie locale, des solutions fondées sur la nature, une eau du robinet qui ne soit pas empoisonnée et la santé d’abord !