Pour un autre avenir pour les Alpes, contre les JO 2030

L'Assemblée nationale est appelée à se prononcer aujourd’hui sur la loi fixant le cadre juridique et financier des JO 2030 dans les Alpes. Génération Écologie s’y oppose. Montagnardes et montagnardes, amoureuses et amoureux de la montagne d’ici et d’ailleurs, nous défendons un autre avenir pour les Alpes.

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Dès l’origine, ces Jeux Olympiques d’hiver ont fait une impasse de taille : la protection de la nature et l’urgence climatique. La démarche imposée par l’État et deux régions souffre ainsi d’une tare originelle de conception.

Un non-sens écologique

Le projet de loi exonère juridiquement l’ensemble des projets d’aménagement et de travaux liés aux JO sur l’ensemble des sites des dispositifs de concertation avec la population et des mesures de protection de l’environnement. Depuis le début, les pouvoirs publics se défilent, incapables d’assumer leurs responsabilités, de rendre compte aux citoyens, d’écouter et de consulter, de s’ouvrir au dialogue. De nombreuses associations ont engagé un recours pour irrespect de la convention d’Aarhus, qui garantit à toute citoyenne, tout citoyen, le droit fondamental à l’information et à la participation sur les décisions ayant un impact sur l’environnement. Ce droit est aussi garanti par l’article 7 de la Charte de l’environnement inscrite dans notre Constitution. Projeter la liasse populaire des JO de Paris 2024 sur le massif Alpin est une hérésie. Dans les Alpes, les enjeux de biodiversité, les impacts du changement climatique, et leurs conséquences socio-économiques, sont extrêmes. Ces réalités sont balayées comme un trait de plume comme si elles n’existaient pas.

Une aberration juridique et financière

‌La loi instaure aussi un cadre de garantie financière contractuel de l’État avec le CIO qui couvre les risques financiers de l’ensemble du dispositif (investissements sur les sites, les équipements, les infrastructures, le budget sécurité) alors que rien dans le programme n’est véritablement stabilisé. Par exemple, les sites de Nice et Briançon sont très contestés localement vu la démesure des projets envisagés, leurs impacts environnementaux et le risque financier. Les grosses incertitudes sur le portage des collectivités et les participations financières des deux régions, s’illustre également par le désengagement du président du conseil départemental de Savoie, Hervé Gaymard en décembre dernier des réunions de préparation des JO dans son département, mettant à jour l’irresponsabilité financière globale des JO 2030 couverte par l’État pour un coût estimé à plus de 2,5 Md € (hors sécurité et aléas) en période de restriction budgétaire. 

La poursuite de l’Or Blanc des Trente Glorieuses, un modèle obsolète

Au-delà de la loi, le dossier JO porté par les deux présidents de région veut « surfer » sur la réussite des JO 2024 en tentant de vendre l’évènement à venir à l’aune de l’expérience collective partagée par les spectateurs rassemblés à cette occasion. Mais, à l’instar des critiques des associations en opposition avec le projet porté par les deux régions, ces JO d’hiver n’ont rien à voir :

Les catastrophe de la Vallée de La Roya en 2020 et de la Bérarde (2024), l’effondrement du glacier du Birch sur Blatten en Suisse (2025), l’interruption de la liaison ferroviaire entre France et l’Italie pendant plus d’un an et demi, suite à l’effondrement d’un pan de montagne, parmi d’autres événements plus discrets mais tout aussi pénalisant pour les territoires et les habitants, constituent les signes avant-coureurs des conséquences du réchauffement climatique et des risques majeurs à venir. Se préparer aux chocs climatiques nécessite une action immédiate et résolue de toutes les collectivités et de l’État. Ils font l’inverse. Sous la pression des deux présidents des régions alpines, ils se focalisent avec le projet Alpes 2030 sur la poursuite de l’Or Blanc des Trente Glorieuses, modèle obsolète pour une grande partie des stations existantes et écologiquement aveugle. 

Préserver l’habitabilité de nos montagnes

Les Alpes françaises n’ont pas besoin d’Alpes 2030. Elles ont besoin d’un programme de résilience territoriale en capacité d’amortir le choc climatique et ses conséquences multiples sur les activités agricoles, artisanales et industrielles touristiques en toutes saisons et de préserver un cadre de vie en péril. C’est l’habitabilité de nos montagnes pour les hommes et femmes qui y vivent et y travaillent avec toute la biodiversité exceptionnelle qui y subsiste encore qu’il s’agit de préserver.

Le projet JO 2030, au-delà de ses bugs de conception et des risques financiers qu’il induit regarde vers un passé révolu et mythique au lieu de relever les défis des prochaines décennies. Génération Écologie appelle à voter contre ce projet de loi. 

Stéphane Chaffrey